17 février 2014 – Témoignage de Amir Hassan, 23 ans, palestinien francophone de Gaza

Conférence organisée par l’AFPS34 le 17 février 2014

Merci à Monique Serot Chaïbi pour ce compte-rendu
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Amir Hassan a 23 ans, il a commencé à apprendre notre langue en 2009 et est devenu professeur de français à GAZA. Depuis quatre mois il est en France où il est prévu qu’il reste jusqu’en Mai… (sauf s’il obtient une prolongation de son séjour!)   

Il est originaire du camp de réfugiés AL Shatir (le camp de la mer). Dans la bande de Gaza, il y a deux types de palestiniens : les gazaouis d’origine et les réfugiés de 1948 et après. Cette deuxième catégorie représente les 3/4 de la population. Leurs statuts sont différents.

Les réfugiés sont interdits d’école publique. Ils vont dans les établissements de l’O.N.U. Tous croyaient au retour et pensaient que leur situation de réfugiés ne durerait que quelques semaines, et 65 ans ont passé!

Les camps sont surpeuplés. Gaza a la plus forte densité du monde! Pour loger tous es gens, il a fallu sacrifier les champs, les terrains. Partout il y a des habitations, des camps.

« LE PIRE N’EST JAMAIS SûR »

Gaza est oubliée du monde focalisé sur la Cisjordanie et la Palestine en général. On ne peut ni entrer ni sortir de la bande.
Le gazaoui ignore ce qu’est une palmeraie, un lac, un fleuve, une plantation, une montagne. Ils ne connaissent que le sable et une mer dans laquelle ils ne peuvent même pas de baigner!

Pourtant, ils sont à moins de 30 km de Jérusalem! La palestine ne représente que 27000km2.

Amir n’a vu le monde qu’à 20 ans, lors de son premier voyage hors de Gaza. Les gazaouis sont tellement isolés de leurs frères palestiniens que leur accent, leur gastronomie, leur culture n’est plus la même!

Les palestiniens sont divisés, certains sont en Syrie, d’autres au Liban, en Jordanie, en Egypte, en France etc… Lui, Amir n’a connu la Palestine que grâce à des militants français. 

GAZA ZONE INHABITABLE EN 2020

C’est ce qu’affirme un rapport de l’O.N.U de 2012! Les 360km2 de Gaza seraient donc inhabitables dans moins de 6 ans!

Une zone tampon a été créée par Israël à l’emplacement de terres arables (dans la zone médiane de Gaza, là où la terre était la plus fertile (sous prétexte de sécurité pour les soldats israéliens qui se trouvent en son centre)
Avant l’eau coulait à Gaza grâce aux pljuies qui arrosaient Hébron. Jusqu’en 2006, il y avait des colonies dans la bande de Gaza. 

Depuis cette zone est abandonnée. Le trajet de l’eau a été modifié et les eaux usées rendent l’atmosphère irrespirable Cette zone et polluée au point que rien ne peut y pousser.
Les gazaoui en sont réduits à acheter fruits et légumes à Israël. Les derniers oliviers ont été arrachés en 2008 afin d »empêcher les terroristes de se cacher derrière…Planter des fraises a été autorisé… Difficile de se cacher derrière un fraisier!!!

Pêche

Bien qu’autorisée elle est quasi impossible. Pas le droit d’aller au-delà de 3 miles. Bateaux confisqués ou coulés. Souvent cibles de tirs. Il y a beaucoup de handicapés parmi les pêcheurs!
De plus, la zone est épuisée puisque l’autorisation de pêcher au large est interdite. Seuls les bourgeois mangent du poisson.
De plus, les eaux usées des israéliens comme des palestiniens sont jetées à la mer et reviennent avec la marée. Gaza était la riviera du Proche Orient autrefois, aujourd’hui elle est le règne de la pollution!
On ne peut se baigner : risques de maladies, notamment de la peau. 

Pls d’agriculture, plus de pêche… Restait le commerce… jusqu’en 2006!

Depuis le blocus de Gaza, 65% des produits sont interdits. Ne restent que les élèments de base : riz, farine, blé, etc… fournis par l’O.N.U.
Aucun commerce n’est permis en dehors de celui avec Israël. Karem Shalom reste le seul passage ouvert au commerce (Sud de la bande) Tous les autres ont été fermés. Le passage est lui-même diffiile, les israéliens s’amusent souvent à conserver des denrées périssables plusieurs jours afin de les livrer une fois qu’elles ne sont plus bonnes à consommer. 

TUNNELS
Il existe (ou existait…) beaucoup de tunnels dans la bande de Gaza.Mais peu à peu, l’Egypte comme Israël ont tout tenté pour les fermer ou les rendre inutiles. On en comptait environ 2000, un palestinien notamment avait creusé le sien jusque dans la maison d’un sien cousin en Egypte! Certains sont superposés, on peut y passer des voitures. Idéal pour le marché noir et l’entrée de biens interdits. En 2014 il était prévu une zone de libre échange entre Egypte et Gaza.   
Il y a 1 850 000 habitants dans la zone. La surpopulation, la pollution, le manque de denrées, de médicaments sont un danger permnent. Cancers, hypertension, diabète affectent toute la population (les deux dernières maladies sont le lot de tous les gazaoui qui atteignent 30 ans!
Manque de produits anesthésiants dans les hôpitaux, ce qui oblige chaque malade à être sur une liste d’attente en cas d’opération. Toujours cette paranoïa qui hante le gouvernement israélien : gaz anesthésiant = risque d’attentat terroriste. 
Après un bombardement qui a détruit la centrale, Gaza est restée 6 mois sans électricité. Depuis sa remise en état, le carburant a diminué : 6 heures d’électricité par jour en moyenne. Mais cela oscille entre 4 à 8 heures selon l’humeur des soldats.

Il est faux de penser que les gazaoui allaient voler en Egypte, au contraire, les égyptiens profitaient au maximum du commerce qu’ils entreprenaient avec les gazaouis des tunnels.

2016 : Plus d’eau potable à Gaza!

Par sécurité les habitants de Gaza utilisent de l’eau en bouteille. Les femmes se lavent les cheveux avec car l’eau du robinet contient un taux de nitrates élevès et certaines perdent leurs cheveuxsi elles l’utilisent. La nappe phréatique est gravement polluée.
Parfois, il n’y a que 3 heures d’eau par semaine dans certains villages.

Il y a eu un projet de dessallement de la Méditerranée à Gaza (par dds inénieurs français) mais rendu impossible par la pollution. Il pleut raremet à Gaza (deux ou trois fois par an). Plus aucune agriculture possible.

Bombardements … et commerce

Depuis Septembre 2000 Gaza a connu peu de répit entre deux bombardements. Le plus cynique est qu’Israël fait du commerce avec les gazaoui… Après chaque maison, cable etc… détruit, ils revendent les matériaux qui serviront à reconstruire jusqu’à l’attaque suivante.

Tout est filmé : des drones, des ballons, des avions d’observation, des F16 parcourent en permanence le ciel de Gaza. 24h24! Parfois, les avions envoient des missiles qui contiennent des clous et provoquent des dégâts immenses sur les habitations et sur les humains. 

« Les bombardements à Gaza, c’est comme les jours de pluie en Bretagne »

Pourtant, on ne peut arrêter la vie, elle continue entre deux bombardements comme si rien ne s’était passé. On lutte pour sa survie plus que pour une vie! Un homme a récemment batu un policier pour aller en prison. Il savait qu’ainsi il pourrait nourrir ses trois enfants car ils toucheraient des indemnités!
45% de chômeurs chez les universitaires.
Quand on me demande comment a été mon enfance, je réponds : « Mais quelle enfance? » On n’a pas d’enfance à Gaza. On ne sait pas ce qu’est un train, un escalator, un jardin, une montagne, nous ne connaissons rien du monde.

Je suis ici ce soir en informateur, en témoin car je suis en colère contre ce que l’on dit de nous nous ne sommes ni voleurs, ni assassins. 

Nous voulons la paix… Un mot que nous avons du mal à prononcer car le « P » n’existe pas en arabe, mais ce sera mon mot de la fin « PAIX »!

 

A propos afps34

Association France Palestine solidarité Section de l'Hérault
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